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Fabrication et usage du livre médiéval d’Europe occidentale : étude du bois constitutif de la reliure dans les collections publiques de France

publié le , mis à jour le

Catherine LAVIER
Rémi BRAGEU

Manuscrit ou incunable, le livre médiéval et post-médiéval de l’Europe de l’Ouest renferme du bois dans sa reliure (ais). L’inventaire national des bibliothèques municipales de France demandé par le ministère de la Culture se distingue par une démarche originale et unique au monde notamment par l’intégration de l’étude de la reliure et de l’examen dendrologique. Les bibliothèques municipales d’Autun, de Vendôme, d’Orléans et de Reims ont ainsi pu être totalement inventoriées et les investigations menées sur le bois se sont divisées en plusieurs groupes de recherches basés sur l’observation qualitative et quantitative des ais constitutifs des reliures. 70 % des ais sur près de 3000 observés ont obtenu la définition de leur taxon comme étant du chêne à 47 %, du hêtre à 37 % et de divers genres végétaux à 16 % (correspondant en fait à des restaurations récentes). Toutefois, les conditions d’accès aux cernes, la qualité sanitaire de leurs chants, du genre végétal rencontré et la restitution de la lisibilité des limites de cernes expliquent que « seulement » 200 ais sur près de 1500 ont été étudiés à des fins strictement dendrochronologiques (datation et origine biogéographique des arbres). Outre leurs datations allant du VIIIe au XVIe siècle, confirmant ou modifiant leur date de fabrication, de remploi et/ou de restauration, on peut en tirer de nombreuses informations complémentaires sur l’économie du bois (intentionnalité, transport et commerce). Dans la plupart des cas, le bois est en effet sélectionné, son débit respecte les fibres et se fait plutôt vers la maillure la plus parfaite, la proximité du cœur et l’aubier du chêne sont retirés, le façonnage des ais est soigné, les outils sont reconnaissables et les gestes des artisans restitués. Il est clairement démonté une utilisation exclusive du chêne avec un remplacement rapide par le hêtre au cours de la seconde moitié du XVe siècle puis un abandon assez subit de ces deux arbres au profit du carton à partir du second quart du XVIe siècle. Un système de gestion de données inédit est en cours de réalisation pour stocker les informations, poursuivre leur intégration, améliorer leur qualification, intégrer des métadonnées et y réaliser des applications et des programmes aptes à gérer les requêtes et en extraire le maximum d’interprétations restitutives à une meilleure connaissance de l’évolution du livre occidental.

Ce manuscrit, conservé à la médiathèque d’Orléans (45), est issu du fonds de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire à Fleury. Cousus avec les cahiers de feuilles mais non couverts, les deux ais sont en chêne (Quercus sp.) datés du XIIIe siècle (cliché C. Lavier). Débités sur maille, la présence de plages miroitantes est le signe d’un savoir-faire maîtrisé par clivage du tronc. Avec plus de 160 cernes sur bois de cœur, on peut estimer à plus de deux siècles et demi l’âge de l’arbre d’origine et à 55/60 cm son diamètre. Les deux ais sont extraits d’un même arbre ayant poussé localement dans une des vastes forêts orléanaises du Val de Loire.

Sources (exemples)
LAVIER, C. (2005) “Wood in the history of medieval book techniques : aims and know-how. First restorations”. In Care and Conservation of Manuscripts 8, conference at the University of Copenhagen, Ed. G. Fellows-Jensen, P. Springborg, 19-33.
LAVIER, C., BRAGEU, R, ASENSI AMOROS., V. (2011) “Wood in medieval bindings of manuscripts and incunabula of Europe”, Historical Wood Utilization, BOKU, university of Natural Resources and Life Sciences, Vienna