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Accueil > Recherche > Evolution des productions matérielles > Produits cosmétiques et pharmaceutiques

Introduction

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Les très nombreux objets découverts dans les sépultures de l’Antiquité sont une source extraordinaire d’étude des coutumes de la vie quotidienne. En particulier, les fouilles de tombes égyptiennes ou gréco-romaines ont livré des coffrets de maquillage qui contenaient des miroirs, des épingles à cheveux, des stylets et des récipients parfois encore remplis de produits cosmétiques.

L’analyse chimique de ces matières archéologiques conjuguée à l’étude des textes décrivant les pratiques liées à la beauté et aux soins du corps permettent de mieux comprendre leurs modes de préparations. Plus de deux cents prélèvements de fards et d’onguents de l’Égypte ancienne et du monde gréco-romain ont été étudiés ces quinze dernières années, en collaboration avec les laboratoires de L’Oréal Recherche. Cette collaboration de longue durée (dernier contrat entre 2009 et 2012) a également permis d’accéder à des outils analytiques nouveaux et adaptés à nos besoins. Un des exemples est le développement d’une méthodologie analytique par spectrométrie de masse pour l’étude de pigments laqués à base de garance, un constituant de certaines poudres roses pour le visage. Si dans certains cas favorables, c’est à dire en l’absence de composés de plomb, le LDI-ToF donne des informations directes sur un minuscule grain de matière, nous avons montré la possibilité de détecter de manière sensible des composées anthroquinoïques par LC-ESI-HRMS.

Les analyses et les traductions de textes anciens ont révélé une véritable science de la formulation de produits cosmétiques complexes mélangeant des substances naturelles à des composés synthétisés chimiquement, afin d’élaborer des produits colorés parfois dotés de propriétés thérapeutiques. Dans l’Égypte des pharaons par exemple, les couleurs des fards pour les yeux étaient limitées au noir, blanc et vert et les produits étaient dotés de propriétés prophylactiques. Aujourd’hui, nous élargissons cette recherche en nous intéressant aux formulations chimiques et aux propriétés biochimiques des produits pharmaceutiques antiques, notamment en Italie, avec une collaboration avec la faculté de pharmacie de l’université de Modène et divers archéologues (Este, Palerme, ile de Mozia, …).

Il s’agit en particulier des collyres romains. Les produits employés pour soigner différentes maladies des yeux ont été décrits durant l’Antiquité par différents auteurs (Galien, Pline l’Ancien, Dioscoride). Il est remarquable de noter qu’ils étaient fabriqué à l’issu d’une formulation complexe qui associait de multiples matières, notamment différents oxydes et carbonates métallique. Le plomb, le zinc, le cuivre semblaient utiles. Nous avons pu récemment montrer que les anciens Égyptiens fabriquaient des fards à base de plomb et ajoutaient en particulier des composés chlorés qui, grâce à une solubilité « bien choisie », pouvaient avoir une activité bactéricide. Leur potentielle toxicité et leur activité biomédicale ont été évaluées par des mesures électrochimiques (à l’aide d’ultra-microélectrode) du stress oxydatif induit sur des cellules isolées mise au contact des très faibles quantités d’ions métalliques libérés par ces collyres dans le liquide lacrymal (Tapsoda et al., 2010). Cette recherche est effectuée en collaboration avec Christian Amatore et son équipe à l’ENS et nous souhaitons dans l’avenir la poursuivre en étudiant d’autres produits destinés au soin des yeux.
Cette recherche sera fondée sur l’inventaire et l’étude synthétique des cachets à collyres et des documents de référence pour une histoire des remèdes antiques (recherche menée par Muriel Labonnelie). Diverses collaborations nationales et internationales ont été mises en place et ont permis de découvrir puis d’analyser des collyres (recensement d’une trentaine de gemmes ayant servi de cachets à collyres et d’une cinquantaine de cachets à collyres, dont vingt réputés perdus).

On poursuit également la recherche débutée sur la nature des pigments noirs à base de carbone qui ont été employés tant comme fard et pigment que comme encre. Nous disposons d’un vaste corpus d’échantillons provenant de Pompéi. De premières caractérisations ont été réalisées au laboratoire et par rayonnement synchrotron en collaboration avec Pauline Martinetto (Institut Néel, Grenoble). Nous cherchons sur des échantillons archéologiques et des matières reconstituées en laboratoire d’après des formules anciennes à utiliser les derniers développements des techniques de diffraction X (diffraction-tomographie, étude de la « pair distribution function » pour évaluer les domaines cohérents de diffraction, méthode de diffusion dynamique) pour mieux comprendre leur nature, leurs propriétés, et les possibilités de formulation par ajout de gomme ou de protéines, ainsi que de certains sels métalliques de fer ou de cuivre si l’on se fie aux descriptions antiques.