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Applications de la dendrochronologie et l’archéodendrométrie aux objets en bois de petite taille

publié le

Catherine LAVIER

L’étude du bois constitutif d’objets archéologiques peut se décliner en plusieurs parties. La première est sa définition en genre et espèce qui fournit de nombreuses informations aussi bien sur le choix du bois dans l’artisanat que de sa provenance (de l’échelle continentale au strictement endémique). La deuxième est la dendrochronologie. Certes, elle ne s’applique que sur les bois à croissance marquée annuelle avec suffisamment de cernes mais c’est une technique de datation qui peut être redoutable car dans le meilleur des cas, la date donnée est à l’année voire la saison d’abattage de l’arbre. Elle permet également de restituer les fragments de bois à son arbre d’origine, d’en définir son diamètre et son âge (morphologie) au moment de sa coupe avec des informations sur le couvert forestier et l’altitude. La troisième est celle de l’origine biogéographique (dendroprovenance) de l’arbre qui peut aller du régional au microlocal (échelle de l’ordre de 15 km). Ces informations extraites peuvent aussi être employées dans la restitution d’évènements météorologiques et climatiques.
Outre des aspects environnementaux, le bois travaillé recèle des renseignements capitaux sur le savoir-faire des artisans : l’étude des indices laissés à la surface des objets (tracéologie et tribologie) nous renseignent sur le mode de débit de l’arbre et de façonnage du bois mais aussi, dans le meilleur des cas, sur les outils employés, les gestes effectués et le nombre d’artisans voire sur leur latéralité ! On en distingue même l’usage qui en fait et son intensité.
Signalons que les techniques d’accès aux informations doivent être totalement non invasives et non destructives. Au C2RMF, outre les techniques classiques d’observation macroscopique, les développements portent, entre autres, sur des méthodes optiques comme la microtopographie de surface sans contact (profilométrie) mais également des traitements tomographiques et scanographiques capables de « voir » l’intérieur d’un bois non seulement pour comprendre les techniques d’assemblage, en lire les cernes mais aussi en définir la morphologie, être une aide à la restauration et même à titre de prévention. En effet, l’évolution structurelle du bois et le vieillissement des objets de collections dans leur lieu de conservation, ne sont parfois pas repérables. Ainsi, la détection de microfissurations, suivies dans le temps, peut devancer de futurs problèmes d’éclatement du bois par exemple (conservation préventive).
Bien sûr cela reste assujetti à de nombreuses études, observations, examens et mesures de manière à obtenir des référents auxquels les objets à traiter pourront être comparés. A partir d’objets peu ou pas étudiés sous ces aspects, comme ceux de Fostat par exemple, il faudrait donc passer par une phase d’acquisition avant d’en retirer des informations profitables : l’objet considéré sert alors de référentiel, de repère auquel le suivant sera comparé et ainsi de suite pour former un corpus utilisable et intégrable dans un système de gestion de données qui, avec la poursuite des investigations, améliorera leur qualification tout en y intégrer des métadonnées. Il sera alors possible de réaliser des applications et des programmes aptes à gérer les requêtes et en extraire le maximum d’interprétations restitutives à une meilleure connaissance de ces objets dans leur contexte original.
Exemple de matériel d’une tombe d’enfant comportant des objets en bois dont certains tournés, certains employés du vivant de l’enfant et d’autres très certainement disposés à sa mort. (NE PAS UTILISER SANS AUTORISATION)

Le peigne est issu d’un morceau d’un arbre, qui, à l’endroit où il a été prélevé, avait une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 47 centièmes de mm sur les 3 cm mesurables. Cela indique une croissance très lente d’arbre contraint par son milieu aussi bien en eau qu’en lumière, sans compter sur son éventuel environ-nement forestier dense ; mais on observe aussi une décroissance due à l’effet de l’âge de l’arbre. Nous pourrions donc être relativement éloignés de la moelle mais assez proche de l’écorce avec une possibilité d’un tronc original de l’ordre de la dizaine de cm de rayon pour un âge au moins centenaire.
Le montant, quant à lui, a une croissance de l’ordre du double, soit de 81 centièmes de mm pour les 2,7 cm mesurables : cette croissance est également lente mais elle est semble largement bien moins calée sur l’effet de l’âge. Elle semble presque inversée ce qui montrerait des facteurs environnementaux difficiles en début de vie et plus favorables ensuite, mais sans indice quant à la proximité de l’écorce.

Ces deux éléments ont deux types très distincts de croissance et ne sont donc pas issus du même arbre.

Orientations bibliographiques

LAVIER, C., BOREL, T., VIGEARS, D. (2009) « Tracéologie appliquée aux objets et œuvres d’art en bois des musées de France : premiers exemples d’adaptations, de développements techniques et de résultats au sein du C2RMF », Technè 29, 2009, 15-18 et pl.II.
LAVIER, C. (sous presse). « Archéodendrométrie : observations tracéologiques et morphologiques ». In Le luth dans l’Égypte byzantine. La tombe de la “prophétesse” d’Antinoé du musée de Grenoble. Eichmann, R., Vendries, C., Calament, F., dir., Deutsches Archaologisches Institut, Orient Abteilung, collection Orient-Archäologie, Berlin, 2 p. 2 fig.

LAVIER, C. (2009) “How to decipher the tree ring language and the human traces on wooden art works : new investigations at C2RMF”, actes de la “Wood Culture and Science VIII”, publications du RISH, université de Kyoto, Japon, Fév. 2009, pp. 5-16