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Introduction à l’analyse des peintures

publié le , mis à jour le

L’analyse des pigments préhistoriques et historiques est une longue tradition pour certains chercheurs de l’équipe. Nous nous sommes notamment intéressés aux cas des grottes ornées et de l’art préhistoriques, des cosmétiques de l’Egypte ancienne, des pigments des époques hellénistiques et romaines ou de la Renaissance. A partir de l’analyse des matières et des modes de dépôt des peintures, nous cherchons à comprendre les pratiques des ateliers, les échanges de produits, les gestes des anciens préparateurs de peinture et les techniques des artistes. C’est par exemple les observations de la morphologie des cristaux, des phases cristallines présentes et de leurs compositions en éléments majeurs, mineurs et traces qui permettent d’identifier différentes sources d’approvisionnement et de reconnaître les phases d’élaboration des peintures de la grotte de Lascaux. Dans le cas de Léonard de Vinci, c’est la quête permanente pour formuler des matières les plus adaptées à son art, qui a été révélée à partir de l’analyse de ses 7 tableaux conservés au Musée du Louvre. Maintenant il reste nécessaire d’analyser un grand nombre d’œuvres datant de la fin du XVe et du début du XVIe siècle pour mieux comprendre le rôle du Maître dans l’évolution des techniques de la peinture et la capacité qu’il a eu à innover dans le domaine. La diffraction des rayons X et la microscopie électronique à transmission sont employées pour mieux comprendre la synthèse ou le broyage de poudres entrant dans les formulations de peintures ou des fards. Parfois, ces pigments ont plusieurs propriétés : les anciens Egyptiens ont inventé une chimie des solutions pour préparer certains produits de maquillage que nous avons récemment montré dotés de propriétés médicales.

La construction d’appareils portables d’analyse a fortement modifié nos activités dans ce domaine ces dernières années. Grace à ces instruments, il nous est possible d’accéder à des ensembles cohérents d’œuvres pour approfondir certaines des recherches citées précédemment, notamment pour mieux décrire les techniques picturales à certains moments clés de l’histoire de l’art : il pourra s’agir de peintures datant de la Préhistoire, de l’Antiquité gréco-romaine ou de la Renaissance, mais aussi de produits cosmétiques provenant du monde antique méditerranéen ou bien de Chine et d’Amérique du Sud. Nous cherchons aussi à comprendre comment certains pigments ont été synthétisés, en particulier dans le cas des pigments hybrides associant substrat minéral et molécules colorantes extraites de plantes comme les pigments roses laqués ou le bleu maya.

La peinture est également un matériau hybride complexe, né de l’association entre un pigment et un liant. La seule analyse des pigments n’est pas suffisante. Par exemple, elle ne permet pas de comprendre la formation de défauts dans la matière picturale qui sont souvent dus à une formulation inappropriée : un usage trop important de siccatif, entre autres, entraine l’apparition de craquelures prématurées voire de protubérances. Les propriétés de la peinture sont ainsi étroitement liées à sa formulation, c’est-à-dire à la nature des différents constituants, leur mélange et leurs proportions. Les études de formulations sont peu développées dans le domaine des peintures d’art ; elles le sont plus dans l’industrie mais y sont souvent gardées secrètes. C’est pourquoi une recherche sur les formulations picturales et leurs propriétés physico-chimiques est entreprise. Des études rhéologiques et mécaniques de reconstitutions de peinture basées sur l’étude de livres de recettes et de manuscrits anciens permettent d’avancer dans la compréhension des pratiques artistiques et de leur évolution.

D’autres développements analytiques complémentaires tels que celui de la micro-fluorescence X en mode confocal ont permis l’étude non invasive des couches superposées des peintures. Cette technique innovante, jusqu’à présent essentiellement implémentée au synchrotron, s’est avérée efficace pour étudier notamment la composition chimique des différentes couches picturales de la Renaissance avec un appareil de laboratoire. Cet outil peut à terme être transformé en appareillage mobile et renforcer les équipements mobiles du laboratoire pour étudier plus finement les techniques picturales.